Trois cents habitants, pas de panneau touristique, et pourtant plus de 1 200 visiteurs pendant le carnaval. Churca résume bien ce paradoxe andin : un village que personne ne connaît, mais que ceux qui y sont allés n’oublient pas facilement. Voici ce qu’il faut savoir avant d’y poser vos sacs.
Où se trouve exactement Churca?
Churca se situe dans la région d’Ayacucho, à 70 kilomètres à l’est de la capitale régionale, à une altitude de 3 200 mètres. À cette hauteur, le village s’inscrit dans l’étage écologique des forêts de nuages – ces zones de montagne tropicale où la brume s’accroche aux versants une bonne partie de la journée.
Le paysage n’a rien à voir avec les hauts plateaux secs que l’on imagine parfois. Vous y trouverez une végétation dense, des lichens sur les pierres, et une lumière diffuse qui change d’heure en heure. La chaleur diurne plafonne autour de 20°C en saison sèche, mais dès le coucher du soleil, il faut sortir les couches : les nuits descendent régulièrement à 5°C, même en juillet.
C’est un terrain qui ressemble, dans sa verticalité et son isolement, à ce qu’on peut trouver dans certains villages malgaches perchés loin des routes goudronnées, où l’altitude dicte le rythme de vie autant que les habitudes humaines.
Vie locale et traditions héritées des Incas
Churca compte environ 300 habitants permanents, quechuaphones pour la grande majorité. L’espagnol est compris par une partie des adultes, mais les échanges du quotidien se font presque exclusivement en quechua. Le nom même du village en témoigne : il dérive du terme quechua chullcu, selon les variantes dialectales de la région.
La structure sociale repose sur l’ayllu, cette communauté familiale élargie héritée de l’organisation inca. Les décisions collectives, la gestion des terres et les travaux agricoles s’organisent selon ce cadre. À cela s’ajoute la pratique de l’ayni, le principe de réciprocité andine : si votre voisin vous aide à construire un mur aujourd’hui, vous lui devez votre bras pour ses récoltes demain. Ce n’est pas écrit, mais tout le monde le respecte.
Agriculture en terrasses, gastronomie et artisanat : ce que produit Churca
Les versants autour du village sont découpés en terrasses de pierre qui remontent à l’époque précolombienne. On y cultive principalement des pommes de terre natives, du maïs et du quinoa. Le Pérou recense environ 3 000 variétés de pommes de terre, et plusieurs dizaines d’entre elles poussent dans ce type d’altitude.
La cuisine locale est directe et nourrissante. Vous trouverez des soupes de quinoa, des préparations à base de pommes de terre, du charqui (viande de lama séchée et salée) et de la chicha morada, une boisson à base de maïs violet servi chaud ou froid selon les foyers.
L’artisanat occupe une place réelle dans l’économie villageoise. Les femmes tissent en laine d’alpaga, avec des motifs géométriques transmis de mère en fille. On trouve aussi des potiers qui travaillent l’argile locale, et quelques artisans spécialisés dans la bijouterie en argent, un savoir-faire qui s’est maintenu malgré la faible demande sur place.
Le carnaval de Churca attire chaque année bien plus de monde que le village n’en compte
En 2023, le carnaval a rassemblé plus de 1 200 visiteurs – soit quatre fois la population du village. Ce chiffre dit quelque chose sur la portée culturelle de l’événement, qui dépasse largement le cadre local.
Le point fort du programme reste la Danza de las Tijeras, une danse rituelle où les danseurs portent de grandes ciseaux métalliques et exécutent des figures acrobatiques au son du violon et de la harpe andine. Les costumes sont brodés à la main, avec des couleurs vives et des miroirs cousus dans le tissu. C’est spectaculaire dans le sens strict du terme : ça mérite qu’on se déplace.
La musique traditionnelle tourne en continu, et les habitants cuisinent en quantités bien supérieures à l’ordinaire. Si vous prévoyez d’y assister, réservez votre hébergement au moins six semaines à l’avance.
Comment rejoindre Churca et quel budget prévoir?
L’itinéraire le plus courant depuis Lima passe par un vol intérieur vers Cusco ou Arequipa, puis 3 à 4 heures de taxi collectif ou de bus local jusqu’à Churca. Les vols intérieurs réservés à l’avance coûtent entre 200 et 400 soles selon la saison et la compagnie.
- Hébergement en maison d’hôtes : 25 à 40 soles par nuit (environ 6 à 10 €)
- Repas local : 10 à 20 soles (environ 2,50 à 5 €)
- Transport local (taxi collectif) : variable, compter 15 à 25 soles pour les courts trajets
La période la plus adaptée s’étend de mai à septembre, pendant la saison sèche. Les pluies de la saison humide (novembre à mars) rendent certaines pistes difficilement praticables, surtout en bus. Prenez des vêtements chauds quelle que soit la saison : la nuit à 3 200 mètres surprend ceux qui viennent du littoral.
Churca n’est pas le village le plus accessible du Pérou, mais c’est précisément ce qui y rend le temps différent. À l’image de certains villages isolés d’Afrique subsaharienne, on y arrive avec ses propres repères et on repart avec d’autres.