Une banque brésilienne qui pèse plus lourd en Bourse que Petrobras – c’est le retournement de situation que peu d’observateurs auraient prédit il y a vingt ans. Itaú Unibanco est aujourd’hui la plus grande banque d’Amérique latine, avec 562 milliards USD d’actifs et 55 millions de clients. Voici ce que les chiffres révèlent réellement sur ce géant financier de São Paulo.
Origine et histoire d’Itaú Unibanco
Le groupe naît en réalité de deux lignées distinctes. Le 30 décembre 1943, Alfredo Egydio de Souza Aranha fonde le Banco Central de Crédito à São Paulo – la structure qui deviendra Itaú. De son côté, João Moreira Salles crée en 1924 la Casa Moreira Salles à Poços de Caldas, embryon de ce qui sera plus tard Unibanco.
Pendant des décennies, les deux établissements grandissent en parallèle, chacun taillant sa place dans un système bancaire brésilien très compétitif. La rupture survient le 4 novembre 2008 : Banco Itaú et Unibanco annoncent leur fusion, opération qui crée d’un coup la plus grande institution financière de l’hémisphère sud. Le timing n’est pas anodin – la crise financière mondiale pousse alors les acteurs à consolider leurs positions.
Aujourd’hui, le groupe cumule 101 ans d’histoire bancaire, avec son siège à São Paulo. Il est coté sur la B3 sous les tickers ITUB3 et ITUB4, et sur le NYSE américain sous le symbole ITUB.
Quelle est la taille réelle d’Itaú Unibanco au Brésil et dans le monde?
Les chiffres publiés par S&P Global en 2026 le placent sans ambiguïté au sommet régional : 562,14 milliards USD d’actifs totaux, devant toutes les autres banques latino-américaines. En réais brésiliens, les actifs consolidés atteignent 3 200 milliards BRL au 31 mars 2026.
La base de clientèle dépasse les 55 millions de personnes. Le groupe emploie 91 500 personnes au Brésil et à l’international. Sa présence couvre 18 pays et territoires au 31 décembre 2024, selon les données FDIC – cela inclut des marchés comme le Chili, la Colombie, l’Argentine et des places financières en Europe et en Amérique du Nord.
Sa valeur de marché atteint 96 milliards USD, ce qui lui a permis en 2025 de dépasser Petrobras en capitalisation boursière sur la B3 – une première historique pour un établissement financier brésilien. Sur le segment des prêts aux particuliers, Itaú détient 10,7 % du marché brésilien au 31 décembre 2025, selon son dépôt SEC 20-F, ce qui en fait la première banque privée dans ce segment au Brésil.
Les résultats financiers d’Itaú Unibanco confirment une croissance soutenue
L’exercice 2024 a été solide. Itaú a enregistré un bénéfice net de R$ 41,403 milliards, en progression de 16,2 % par rapport à 2023, selon InfoMoney. Le retour sur capitaux propres (ROE) au Brésil a atteint 23,3 %, soit 1,6 point de pourcentage de plus que l’année précédente – un niveau que peu de grandes banques mondiales peuvent afficher.
Le portefeuille de crédit a grandi de 15,5 % sur un an pour atteindre R$ 1,359 trillion fin 2024. C’est une progression rapide pour un portefeuille déjà à cette échelle, et cela reflète une demande de crédit soutenue au Brésil malgré des taux d’intérêt élevés.
Les premiers mois de 2026 confirment la trajectoire. Au premier trimestre, le bénéfice récurrent atteint R$ 12,282 milliards, soit +10,4 % sur un an d’après Brasilagro. Le portefeuille de crédit dépasse désormais R$ 1,48 trillion, avec une hausse de 7,2 % sur douze mois.
Comment Itaú Unibanco se positionne-t-il face aux autres grandes banques brésiliennes?
Le paysage bancaire brésilien repose sur quelques piliers : Itaú Unibanco, Bradesco, Banco do Brasil et Santander Brasil. Sur la B3, Itaú domine clairement la capitalisation boursière parmi les banques privées, avec ses 96 milliards USD contre environ 30 milliards pour Bradesco début 2026.
| Banque | Statut | Actifs approximatifs | Position marché |
|---|---|---|---|
| Itaú Unibanco | Privée | 562 Mds USD | 1re banque privée Brésil |
| Banco do Brasil | Publique | ~400 Mds USD | Leader crédit agricole |
| Bradesco | Privée | ~350 Mds USD | 2e banque privée |
| Santander Brasil | Privée (filiale) | ~200 Mds USD | 3e banque privée |
Ce qui différencie Itaú sur le plan opérationnel, c’est son indice d’efficacité : 39,5 % en consolidé pour 2024, meilleur niveau historique du groupe. Plus cet indice est bas, plus la banque génère du revenu avec moins de frais de fonctionnement. Bradesco affichait un ratio supérieur à 50 % sur la même période – l’écart est significatif.
Technologie et transformation numérique : où en est Itaú Unibanco?
L’indice d’efficacité record de 39,5 % en 2024 ne tombe pas du ciel. Il résulte d’une stratégie de digitalisation engagée bien avant la pandémie et accélérée depuis 2022. À partir de 2025, le groupe a renforcé ses investissements en intelligence artificielle pour automatiser le traitement des crédits, personnaliser les offres client et réduire les coûts de back-office.
Sur le segment retail, cette numérisation se traduit par une gestion plus fine du risque de crédit – ce qui explique en partie la croissance du portefeuille à un rythme de 15,5 % en 2024 sans dégradation notable de la qualité des actifs. Le groupe traite des volumes de données massifs pour ajuster les limites de crédit en temps quasi réel.
La stratégie client combine canal physique et digital : Itaú maintient un réseau d’agences dans les grandes villes brésiliennes tout en développant son application mobile, qui compte parmi les plus utilisées du pays. Cette hybridation lui permet d’adresser aussi bien les clients urbains hyper-connectés que les segments moins digitalisés de l’intérieur du Brésil.
Avec 91 500 employés et une base de 55 millions de clients à gérer, chaque gain d’efficacité technologique se traduit directement en milliards de réais. C’est cette logique qui, trimestre après trimestre, creuse l’écart avec ses concurrents brésiliens – et positionne Itaú comme une référence financière bien au-delà des frontières du Brésil.