Benidorm traîne une réputation que beaucoup de voyageurs connaissent avant même d’avoir posé le pied en Espagne : alcool, fêtes incontrôlées, incivilités. Pourtant, les chiffres racontent une histoire bien différente de celle des tabloïds britanniques. Alors, que risque-t-on vraiment sur le paseo de Levante ou dans les ruelles du vieux quartier?
Ce que disent les chiffres sur la criminalité à Benidorm
Le taux de criminalité de Benidorm s’établissait à 35 % en 2023 – un chiffre qui paraît élevé sorti de son contexte, mais qui prend un tout autre relief quand on le compare à 58 % à Barcelone ou à 40 % à Valence. Sur la plateforme Numbeo, la ville obtient un indice de criminalité de 33,59 sur 100, inférieur à celui de nombreuses capitales régionales espagnoles.
À l’échelle européenne, Benidorm ne figure pas dans le top 10 des destinations les plus risquées. Rome affiche 52 %, Amsterdam 47 %, Nice 41 %. Des villes que des millions de touristes visitent chaque année sans se poser de questions.
La tendance est également favorable : -4,2 % de criminalité en 2023, puis -6,8 % au premier semestre 2024, soit 5 800 incidents contre 6 220 sur la même période l’année précédente. Au premier trimestre 2024, les infractions pénales ont reculé de 21 %. Ces chiffres, publiés par les autorités locales, montrent une ville qui travaille activement sur le sujet.
Quels types d’incidents peut-on réellement rencontrer à Benidorm?
Les vols à la tire représentent 25 % des délits signalés. Ce sont les incidents les plus fréquents : smartphones posés sur une table de café, portefeuilles dans des sacs ouverts, caméras portées négligemment. Les violences physiques, elles, ne représentent que 5 % des cas. Les agressions graves – homicides ou tentatives de meurtre – sont statistiquement nulles ou quasi-nulles.
Le vrai point de tension, c’est le trafic de drogue. Benidorm affiche le taux d’arrestations pour stupéfiants le plus élevé de la province d’Alicante au premier semestre 2024, avec une hausse de +23,4 %, soit 1,3 délit pour 1 000 habitants. En mai 2025, quatre bars du quartier anglais ont été fermés après des saisies de stupéfiants évaluées à 30 000 €.
Géographiquement, les rues Gerona, Esperanto et Mallorca – le coeur du quartier anglais – concentrent 60 % des incidents violents nocturnes. Après 22h, l’ambiance change radicalement dans ce secteur. En dehors de cette zone, la ville reste calme, même la nuit. Si vous vous demandez comment certaines destinations réputées gèrent leurs zones à éviter, la logique est souvent la même : un périmètre précis concentre l’essentiel des problèmes.
Un dispositif sécuritaire parmi les plus denses d’Espagne
Benidorm a mis en place une surveillance que peu de villes de taille comparable peuvent égaler. Près de 2 000 caméras couvrent 6 km², ce qui en fait la densité la plus élevée d’Espagne après Madrid. Ces caméras sont complétées par des drones en haute saison.
En été, environ 60 agents de police supplémentaires sont déployés sur le terrain. Depuis 2023, des médiateurs bilingues patrouillent dans le quartier anglais de 23h à 5h du matin. Résultat mesurable : une réduction de 15 % des incidents impliquant des touristes étrangers depuis leur mise en place.
Ce niveau de réponse institutionnelle tranche avec la réputation de ville livrée à elle-même. Benidorm investit concrètement dans la sécurité, et les chiffres commencent à le refléter.
Avis et retours de voyageurs sur le sentiment de sécurité à Benidorm
Les retours de voyageurs dessinent deux villes dans une seule. Hors du quartier anglais – sur le front de mer de Levante, dans le vieux quartier, autour des plages familiales – la plupart des visiteurs décrivent une ambiance sereine, comparable à n’importe quelle station balnéaire espagnole. Familles, couples, retraités britanniques qui reviennent chaque année : ce public-là ne rencontre généralement aucun incident.
Le son de cloche change pour ceux qui fréquentent les bars de la rue Mallorca passé minuit. Quelques témoignages évoquent des bousculades, des sollicitations insistantes, une atmosphère saturée d’alcool. Rien d’exceptionnel pour un quartier festif européen, mais suffisant pour déconseiller ce secteur aux voyageurs peu habitués aux ambiances de fête nocturne intense.
La distinction entre réputation et réalité ressemble à celle que l’on observe pour d’autres destinations européennes comme Chypre, où l’image sulfureuse de certaines zones masque la tranquillité du reste de l’île.
Vaut-il vraiment la peine d’aller à Benidorm malgré cette réputation?
La question mérite une réponse directe : oui, pour la plupart des voyageurs. Les risques réels sont concentrés dans un périmètre précis, à des horaires précis. Le reste de la ville offre des plages bien entretenues, une infrastructure hôtelière solide et un ensoleillement garanti.
Pour voyager sereinement, quelques réflexes suffisent :
- Éviter les rues Gerona, Esperanto et Mallorca après 22h si vous n’êtes pas là pour la fête
- Ne jamais laisser votre téléphone ou votre portefeuille sans surveillance sur la plage ou en terrasse
- Utiliser un sac à fermeture sécurisée dans les zones bondées
- Prendre note du numéro de la police locale : le 092 pour la police municipale
Benidorm est une ville de contrastes assumés. Elle attire des millions de visiteurs chaque année précisément parce qu’elle sait être festive et familiale selon l’endroit où l’on pose ses affaires. Ceux qui restent sur le front de mer au coucher du soleil et qui rangent leurs effets personnels dorment en général aussi bien qu’ailleurs. Ce sont ceux qui cherchent les ennuis après minuit qui finissent parfois par les trouver – comme dans n’importe quelle grande station balnéaire européenne.