Un petit hôtel familial dans les Dolomites, des notes régulièrement supérieures à 8/10, et puis un message envoyé à un couple de clients qui a fait le tour de la presse internationale en novembre 2024. L’hôtel Garni Ongaro cumule ces deux réalités difficiles à réconcilier. Voici ce que les avis – avant et après la polémique – disent concrètement de l’établissement.
Présentation de l’hôtel Garni Ongaro
L’hôtel Garni Ongaro se trouve dans le centre de Selva di Cadore, à environ 1 400 mètres d’altitude, dans la province de Belluno, au cœur des Dolomites vénitiennes. Le village est petit, calme, et l’hôtel en occupe une position centrale sans être bruyant pour autant.
L’établissement compte 12 chambres, toutes équipées d’un balcon privé. En hiver, c’est l’accès au domaine skiable Civetta qui fait son attrait principal : les pistes se trouvent à 200 mètres, et le bus de ski s’arrête à 50 mètres de la porte. Le petit-déjeuner et le parking sont inclus dans le tarif – un détail qui compte quand on arrive en voiture depuis Belluno ou depuis l’aéroport de Bolzano, à 90 km de là.
Côté tarifs, comptez entre 80 € et 153 € par nuit selon la saison, avec un pic logique en haute saison ski. Pour les Dolomites, ce positionnement tarifaire reste accessible comparé aux établissements de Cortina d’Ampezzo, à une quarantaine de kilomètres.
Avis clients avant novembre 2024 : un hôtel bien noté
Avant la polémique, le Garni Ongaro affichait des chiffres solides sur l’ensemble des plateformes. 4,1/5 sur Google (217 avis), 4,0/5 sur TripAdvisor (72 avis), et entre 8,5 et 9/10 sur Booking.com. Sur cinq ans d’activité, plus de 800 retours clients avaient été collectés, et la majorité attribuait une note supérieure à 8/10.
Les points forts revenaient systématiquement : la propreté notée 4,7/5 sur TripAdvisor, le rapport qualité-prix noté 4,5/5, et la proximité immédiate des pistes. Les clients signalaient aussi la tranquillité du lieu et l’accueil familial. Pour un petit hôtel de 12 chambres en montagne, ce type de régularité dans les avis traduit une gestion soignée sur la durée.
Quelques points plus nuancés ressortaient parfois : la taille modeste des chambres pour certains voyageurs habituels des grandes stations, et l’absence de spa ou de piscine – ce que l’hôtel n’a jamais prétendu proposer. Les attentes étaient globalement bien alignées avec l’offre réelle.
Que s’est-il passé en novembre 2024?
Un couple israélien avait réservé deux nuits via Booking.com. La veille de leur arrivée, l’hôtel leur a envoyé un message stipulant que « les Israéliens, responsables de génocide, ne sont pas des clients bienvenus ». Le message a été rendu public et a circulé rapidement sur les réseaux sociaux et dans la presse internationale, notamment dans le Times of Israel et Ynet News.
Booking.com a réagi dans la journée en retirant l’établissement de sa plateforme et en condamnant publiquement l’acte. Le propriétaire, Patrick Ongaro, a supprimé les comptes réseaux sociaux de l’hôtel et publié des excuses sur X, tout en niant tout antisémitisme. Il avançait une position politique sur le conflit à Gaza, pas un rejet des personnes juives en tant que telles – une distinction que beaucoup ont jugée insuffisante.
Les autorités italiennes ont ouvert une enquête. En Italie, la discrimination fondée sur la nationalité ou l’origine tombe sous le coup de la loi Mancino de 1975, qui punit les actes de discrimination raciale, ethnique ou religieuse. L’affaire n’était donc pas seulement une question de réputation commerciale, mais potentiellement une question pénale.
La polémique a-t-elle durablement affecté la réputation de l’hôtel?
L’impact sur les notes a été immédiat et brutal. Sur TripAdvisor, la note est tombée de 4,0/5 à 2,8/5. Sur Booking.com, de 8,5/10 à 6/10 avant même le retrait de la plateforme. Environ 250 avis négatifs ont été publiés en quelques jours seulement – soit trois fois plus que le total cumulé sur TripAdvisor en plusieurs années d’activité.
Ce type d’afflux massif et rapide d’avis négatifs dépasse largement la capacité d’un petit établissement à répondre ou à se défendre. Les plateformes elles-mêmes peinent à filtrer les avis « de protestation » des avis fondés sur une expérience de séjour réelle. Le retrait de Booking.com a privé l’hôtel de sa principale source de visibilité et de réservations en ligne.
La chute représente une baisse d’environ 30 % des notes moyennes sur les deux grandes plateformes. Pour un hôtel de 12 chambres dont l’activité repose en grande partie sur le bouche-à-oreille et les réservations en ligne, cette dégradation est difficile à absorber sur une ou deux saisons.
Faut-il encore réserver à l’hôtel Garni Ongaro?
La réponse dépend de ce que vous mettez en priorité dans votre choix d’hébergement. Sur le plan strictement pratique, l’hôtel possède des atouts objectifs : emplacement central à Selva di Cadore, accès rapide aux pistes du Civetta, chambres propres avec balcons, petit-déjeuner inclus, et un tarif compétitif pour les Dolomites.
Ces qualités ne se sont pas évaporées avec la polémique. Les séjours passés ont été réels et bien notés pour de bonnes raisons. Si vous cherchez une base ski dans cette partie des Dolomites vénitiennes, le village de Selva di Cadore reste pertinent, et les caractéristiques physiques de l’hôtel n’ont pas changé.
Mais vous ne pouvez pas ignorer le contexte. Le message envoyé à ce couple exprime une position que le propriétaire a lui-même mise par écrit et adressée à des clients. Les excuses publiées sur X ont été perçues par beaucoup comme insuffisantes. L’enquête ouverte par les autorités italiennes au titre de la loi Mancino n’avait pas encore abouti à une décision publique au moment où les faits ont été largement relayés.
Si cette dimension éthique compte pour vous dans le choix d’un hébergement – et c’est une décision tout à fait légitime – il existe d’autres petits hôtels et pensions dans la vallée du Cadore et autour du domaine Civetta qui offrent un confort comparable sans cette histoire en arrière-plan. Selva di Cadore n’est pas une station de grande taille, mais l’offre d’hébergement y reste suffisante pour avoir le choix.
Un hôtel peut avoir de bonnes chambres et un mauvais propriétaire. Ce n’est pas une contradiction, c’est simplement ce que les avis sur le Garni Ongaro, pris dans leur ensemble, finissent par montrer.