Pays en W : pourquoi cette lettre reste un angle mort de la géographie mondiale

pays en w

Posez la question autour d’une table lors d’une partie de Petit Bac : la lettre W crée un silence immédiat. Personne ne trouve. Et pour cause – aucun des 193 États membres de l’ONU ne commence par cette lettre, ni en français, ni en anglais, ni dans sa propre langue nationale. Ce vide n’est pas un hasard.

Existe-t-il vraiment des pays dont le nom commence par W?

La réponse est nette : non. Sur les 195 pays reconnus par les Nations Unies – les 193 membres plus le Vatican et la Palestine comme États observateurs – aucun ne porte un nom débutant par la lettre W. Pas en français, pas en anglais, pas en espagnol, pas en arabe.

Ce n’est pas un oubli cartographique. C’est le reflet d’une réalité linguistique : les langues qui ont historiquement baptisé les nations – le français, l’espagnol, le portugais, le latin – utilisent très peu le W. Cette lettre est même absente de l’alphabet latin classique ; elle a été ajoutée tardivement pour transcrire des sons germaniques ou anglophones que ces langues ne possédaient pas.

Résultat : quand des territoires ont été nommés dans ces langues de colonisation ou de diplomatie, le W n’est presque jamais apparu. Les rares noms qui commencent par W dans d’autres langues ont souvent été traduits ou adaptés, effaçant la lettre au passage.

Pays en W au Petit Bac : les réponses acceptées selon les règles

Le Petit Bac n’a pas de règlement officiel gravé dans le marbre. Les tolérances varient selon les joueurs, et c’est précisément là que les réponses en W s’invitent.

Wallis-et-Futuna est la réponse francophone la plus couramment admise. Ce territoire d’outre-mer français commence bien par W, et son statut d’entité géographique officielle de la République française lui confère une légitimité suffisante pour passer dans la plupart des parties. Techniquement, ce n’est pas un pays souverain – mais au Petit Bac, rares sont ceux qui poussent la chicane jusque-là.

En version anglophone, deux réponses circulent régulièrement :

  • Wales (le Pays de Galles) – nation constitutive du Royaume-Uni, acceptée dans les parties en anglais
  • Western Sahara (le Sahara Occidental) – territoire disputé dont le statut est flou, mais dont le nom anglais commence bien par W

Si les règles de votre partie excluent les territoires non souverains, une alternative existe : citer des pays dont le nom contient un W, comme le Malawi, le Koweït ou le Zimbabwe. C’est une pirouette, mais elle tient la route si la case « pays » autorise cette interprétation.

Wallis-et-Futuna, la seule entité officielle française en W

Wallis-et-Futuna, c’est l’une des collectivités françaises les plus méconnues – et probablement la plus éloignée. 16 000 kilomètres séparent Paris de ce territoire, ce qui en fait l’endroit le plus distant de France métropolitaine dans tout l’outre-mer français.

Sur le plan juridique, il s’agit d’une collectivité d’outre-mer (COM) de la République française, régie par la loi du 29 juillet 1961. Le territoire regroupe trois îles principales : Wallis (ou Uvéa), Futuna et Alofi. Sa superficie totale ne dépasse pas 142 km², soit à peine plus grande que la ville de Paris intra-muros.

La population est en recul constant. Environ 11 000 habitants y résident aujourd’hui, et le territoire a perdu près de 29 % de sa population entre 2003 et 2018, selon les données de l’Institut de la statistique et des études économiques. L’émigration vers la Nouvelle-Calédonie et la métropole explique ce déclin.

Ce qui compense cette petite taille terrestre, c’est la zone économique exclusive : 256 745 km² d’eaux autour de l’archipel, riches en ressources halieutiques. Un rapport de taille territoire/ZEE parmi les plus élevés au monde.

Le Pays de Galles (Wales) : un pays en W qui n’en porte pas le nom en français

Le décalage entre « Wales » et « Galles » intrigue souvent. L’explication est phonétique : le son /w/ initial, difficile à prononcer pour les locuteurs romans, a été durci en /g/ lors de l’adoption française du nom. C’est ce qu’on appelle un durcissement consonantique – le même phénomène explique que « William » soit devenu « Guillaume » en français.

Wales est une nation constitutive du Royaume-Uni, avec ses propres institutions depuis la dévolution de 1999. Sa superficie atteint 21 218 km² et sa population dépasse 3,1 millions d’habitants (3 164 404 selon le recensement de 2023). Cardiff, la capitale, concentre environ 363 000 résidents.

Le territoire compte sept villes officielles et son point culminant, Yr Wyddfa – connu sous le nom anglais Snowdon – culmine à 1 085 mètres. Le gallois (Cymraeg) y reste une langue vivante, parlée par environ 17 % de la population.

Pour les Fidji, qui partagent l’Océanie avec Wallis-et-Futuna, la géographie de cette région du Pacifique réserve d’autres surprises – notamment en matière de faune marine et terrestre peu documentée pour les voyageurs.

Quelles capitales et grandes villes mondiales commencent par W?

Si les pays en W n’existent pas, les villes en W sont bien réelles. Trois capitales mondiales débutent par cette lettre, sur trois continents différents.

Capitale Pays Continent Population (ville)
Washington D.C. États-Unis Amérique ~689 000 hab.
Wellington Nouvelle-Zélande Océanie ~215 000 hab.
Windhoek Namibie Afrique ~431 000 hab.

Wellington est souvent citée comme l’une des capitales les plus ventées du monde – son surnom local, « Windy Wellington », n’est pas usurpé. Windhoek, capitale de la Namibie depuis l’indépendance de 1990, est une ville d’altitude (1 700 m) au climat semi-aride surprenant pour l’Afrique subsaharienne.

Au-delà des capitales, des métropoles comme Warsaw (Varsovie, en anglais) ou Wuhan (Chine, 11 millions d’habitants) complètent la liste des grandes villes en W à retenir pour le Petit Bac.

Pays en X : même vide officiel, mêmes astuces au Petit Bac

La lettre X partage exactement le même sort que le W : zéro État membre de l’ONU ne commence par X, sur 195 pays recensés. Les joueurs de Petit Bac confrontés à cette lettre sont donc dans la même impasse.

Les réponses les plus souvent tolérées lors des parties :

  • Xinjiang – région autonome de Chine, peuplée d’environ 25 millions d’habitants
  • Xizang – nom officiel chinois du Tibet, région autonome depuis 1965

Comme pour le W, une alternative consiste à citer des pays dont le nom contient un X : le Luxembourg, le Mexique ou le Mozambique entrent tous dans cette catégorie. Pour les villes, Xi’an (ancienne capitale impériale de Chine, 13 millions d’habitants) et Xiamen (ville portuaire du Fujian) sont les réponses les plus solides.

Xalapa et Xilitla, au Mexique, fonctionnent aussi dans les parties où les villes moins connues sont acceptées.

W et X : deux lettres que la géographie politique a presque ignorées

Ce double vide n’est pas une coïncidence. Il tient à la façon dont les noms d’États ont été construits et transmis à travers l’histoire diplomatique mondiale.

Le français, l’espagnol et le portugais – langues dominantes de la colonisation et de la cartographie européenne entre le XVe et le XXe siècle – n’utilisent quasiment pas le W dans leur vocabulaire natif. Le W est un emprunt aux langues germaniques et nordiques. Quand ces empires ont nommé des territoires, ils ont utilisé leurs propres phonèmes, éliminant mécaniquement le W des cartes.

Le latin diplomatique, langue de référence pour les traités jusqu’au XVIIIe siècle, ignore lui aussi le W. Même constat pour le X : utilisé en grec et en certaines langues asiatiques, mais absent des alphabets latins courants sauf comme emprunt.

Ce que cette rareté révèle, c’est que les noms de pays ne sont pas neutres. Ils portent la marque des langues qui ont eu le pouvoir de les imposer. La Nouvelle-Zélande, dont Wellington est la capitale en W, porte un nom néerlandais – mais même là, la lettre W n’a pas survécu dans le nom du pays lui-même.

Les angles morts du Petit Bac sont, finalement, des angles morts de l’histoire coloniale. Deux lettres absentes, deux siècles de géopolitique résumés en une case vide sur une feuille de jeu.